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 Comme les miettes avec la main

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mick
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Jeu 16 Avr - 10:41

J'avais pris le parti de rester sobre sur ce fil: trop de morceaux de vie partagés, trop de brûlures mais aussi de joies ranimées... en parler entre nous serait plus exaltant.
Ce qui me bouleverse dans cette "miette" là n'est pas tant le fond, dont je n'ignore rien, mais sa, "ta" formulation, cette façon si forte d'envoyer les mots pour le dire; les mots justes qui touchent au plus profond de l'âme, fruits d'un travail acharné de ciseleur; le fait est banal, l'écriture est évènement.
J'aime souvent ici suggérer la musique évoquée par vos mots; c'est à Barbara et à son "Nantes" que je t'identifie aujourd'hui, mais aussi à l'Oster oratorio de Bach, que j'ai choisi d'écouter pour "apaiser"...
bises fraternelles
Mick
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Ven 17 Avr - 9:59

Mick a trouvé les mots justes pour caractériser l'état dans lequel on peut se trouver après la lecture du fragment 13.

J'y souscris donc pleinement, je m'y adjoins admirativement.

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« Etre seul, c’est s’entraîner à être bien avec soi-même » Cath, dite ici F.L.B.P. (Fout Le Boxon Partout)
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geho
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Ven 17 Avr - 22:02

merci de vos lectures
C'est vrai que j'ai passé du temps sur celui-ci à ne pas vouloir dire les choses en en faisant trop.
Il y aurait sûrement beaucoup à dire encore sur ce moment de passage dans la vie quand les parents sont partis.
J'espère qu'on en reparlera mon frérot.
Et pour ce qui est de se voir, je vois Morgane demain et on parlera sans doute d'une rencontre à organiser quelque part un de ces jours.
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Sam 18 Avr - 0:49

Chic alors une rencontre, Ouiiiiiiiiiiii ... parlez-en !

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constance
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Sam 25 Avr - 21:35

Lulu a bien résumé ma pensée : un texte taillé comme un diamant.
J'admire cette précision extrême des mots, qui s'accorde avec une sensibilité pleine de pudeur. Un éclat qui nous glacerait par sa beauté et sa profondeur, s'il n'y avait cette âme, cette délicatesse. Et cette lourde tristesse parfois, emplie d'une droiture de coeur qui m'emporte bien loin, et bien haut.
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Mar 28 Avr - 10:41

Fragment 14




Où étaient le visage poupon
et l'oeil sourire d'enfant de Marie au béret bleu
lorsqu'elle est passée câliner nos enfants à Saint Méloir des Ondes
dans l'imposante malouinière de granit?
Ils n'étaient plus.
Dans le fond du regard échangé pour la dernière fois
l'angoisse avait conquis le terrain toujours gai
et la conscience furtive de la différence n'avait pas imaginé le pire,
et pourtant! Il a bien fallu s'y faire quelques jours plus tard.
Sept années avant lui, c'était trop vite et elle est partie seule,
brutalement au réveil.
La blanche dame est cynique d'éveiller ainsi pour aussitôt emporter.
Je l'ai haïe et suis resté avec mes questions.
Se donnait-elle le temps de revivre ces moments de joie collective figés sur la photo jaunie?
Nous n'en aurons pas parlé
et je ne me souviens pas d'avoir discuté de choses essentielles de sa pauvre existence.
Jamais.
Il n'y eut que des regards, des gestes et des questions.
Des regards aimants et fiers, des gestes tendres et des questions pour répondre à ses inquiétudes.
Sans insister.
Une présence aussi, entière à nos besoins.
L'exode, la mort, l'absence et les privations avaient vite fixé le prix de la vie
dès l'aurore à Saint Etienne.
Elle était devenue l'aînée après le départ prématuré de deux frères,
pourquoi ne l'apprendre qu'aujourd'hui,
pourquoi garder sa photo dans l'atelier et la photo d'elle seule?
Comme un trésor caché dans la prison du coeur encore meurtri.
Il faut ces mots pour rompre un long silence et ils viennent avec parcimonie.
Ils se prolongent, mûrissent doucement,
il est bon de s'attarder, même au chagrin.
Revoir les voisines venir chercher leurs miettes d'une bonté toujours disponible,
au prétexte d'un peu de sel ou d'huile manquant.
Réentendre à foison rires et murmures entre mère et soeurs
le jeudi après midi autour du café et du tricot.
Revivre aux grandes tablées les repas des fêtes
et leurs préparatifs joyeux et odorants en habits du dimanche
où elle tenait sa part ouvrière avec bonheur.
Dans quelques visages dessinés,
ma main a écrit ses traits.
J'ai peint quelquefois ces pelargonium rouges et parfumés qu'elle aimait regarder par la fenêtre de la cuisine,
je les ai cultivés, soignés comme un bouquet de sa présence,
un bouquet lumineux et sanguinolent,
il me dit sa trace contrastée et ma filiation ineffaçable à la joie teintée de
mélancolie et de recueillement telle cette feuille verte et douce barrée d'un bandeau sombre.
Accrochée à sa tige inflexible,
la feuille s'est donnée à sa plante et finit dans l'humus anonyme
où seuls encore trois fils savent lire un peu, si peu, de sa beauté.


Dernière édition par geho le Ven 8 Mai - 20:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Mar 28 Avr - 20:13

Une leçon d'humanité, un belle et fière leçon de vie, fragments échappés.
Je ne sais pas dire l'émotion rude et tendre que m'inspirent tes textes. Souvent je suis tentée de ne rien marquer parce que je rentre chez toi sur la pointe des pieds, un peu impressionnée, et que j'en sors avec le goût de tes mots encore sur mes lèvres, comme un accent rocailleux.
Mais il est juste d'exprimer, ne serait-ce que par ces quelques remarques, le plaisir vrai que ces textes me donnent.
Donc, merci.
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MessageSujet: Fragment 15   Ven 8 Mai - 12:05

[size=12]Fragment 15



Je suis né de tant de larmes

Et de marches forcées :

Ma vie ne pouvait être qu’une eau salée,

Une eau errance, une eau mouvance,

Trois grains de sel : acide, esprit et nourriture.

Aussi ma mémoire et la mer

Ont leurs vagues mourant sur la grève alanguie de la Dune du Port

Et sur tous les estrans de Flandre à la Gironde.

Elles s’étalent émeraude aux étés endormis,

Leurs retraits sont lointains, les plages les oublient

Et les galets du quotidien.

Ici, aux chaudes après midi du dimanche,

Les parties de ballon acharnées tuaient le trop plein tendu ;

Là, les enfants bouche bée

Devant le flot qui gronde, écume et court

Ont cherché leurs premiers trésors,

Palpé des pieds et des mains cet entre-deux marin,

Flux liquide et gravier au reflux,

Ce cordon lavé sans cesse et toujours enrichi

Des cadeaux de la laisse :

Un tesson poli ou un bois flotté.

Plus loin, sous le bois de parasols menant à la pointe du Meynga

Et aux Chevrets,

Se sont échangés des serments,

Fixées des chaînes,

Parfois entraves, parfois racines,

Pour tant d’années à venir.

Les champs maraîchers mauve et bleus

Ont nourri les complémentaires de paysages aquarellés,

Et sur le chemin des douaniers se sont crachées des colères

Vers l’horizon gris où pointait aux jours clairs

L’archipel des Chausey.

Les gifles du vent,

De celles qui sonnent les drisses aux mâts de métal,

Calmaient les excès et tenaient debout sur la falaise noire.

De la Marette à Rochebonne, Chateaubriand, Colette ou Ferré,

Et combien de marcheurs ici anonymes,

Ont trouvé la ressource utile au trop ou au manque, sinon à l’inspiration.

Toujours un bateau amarré emporte au-delà,

Et les grands oiseaux blancs offrent leur spectacle acrobatique.

Ils savent nos regards jaloux, fanfaronnent et se stimulent,

Ricanent moqueurs de nos pieds englués.

Ma mémoire et la mer se nourrissent à l’infini de leur rencontre.

Sur les quais du Tréport, aux pieds de Port Louis,

A Gravelines, Etaples, Dieppe, Honfleur et Ouistreham ;

A Granville et Avranches, Cancale, Erquy et Concarneau ;

Douarnenez, Sainte Marine,

Belle Ile et Ré, Houat et La Rochelle,

Toutes et bien d’autres, perles à mes souvenirs;

Aux moutons paissant l’indigo,

Aux élans ravageurs de leurs lames fouettant les quais malouins,

A leurs piètres aplats quand la vie semble s’être arrêtée. [/size]
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Ven 8 Mai - 21:32

Toujours là, passante émue de tes mots.
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Ven 8 Mai - 21:59

merci de ta...constance. On te l'a faite dix ou vingt fois, mais je ne peux pas l'éviter.
Rien que ce petit mot que tu laisses est incroyablement précieux pour la mienne, pour ma constance, ma constance à l'écriture. Alors merci.
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Mer 1 Juil - 14:33

Fragment 16

Une photo n'est jamais qu'une photo, n'est-ce pas?
Elle diffuse son moment, des noms sur les visages, des lieux alentour et des modes, et cent morceaux de passé brisé se recollent à sa marge.
Comment regarder cet instantané de 1 963 a eu le pouvoir de faire apparaître sur le chemin l'une de ses figures?
Ainsi, deux ou trois occasions de clôturer ou de renouer des liens trop vite engloutis aux souvenirs se sont présentées.
Nouveaux départs ou non.
La nostalgie n'entraîne pas la dynamique de dépassement du « déjà vu ». Il faut une présence nouvelle et différente pour le renouement. Relire un livre? Oui, parce qu'il a encore à livrer.
Et la vie ne serait qu'une suite d'histoires inachevées, de pages tournées. Il me manque d'en rouvrir mais qui choisit de mettre ici ou là le marque-page? Y a-t-il un Qui?
La vie parsemée de fleurs juste aimées du regard comme celles rencontrées sur les sentiers rugueux de la montagne.
Marquée de passages comme ces cols. Une fois franchis, que reste-t-il des vallées d'avant? La question ne se pose pas, il faut avancer, aller au-delà, toujours au-delà...
Quelle est donc la quête de cette errance, à part l'élévation:
« Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides,
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides. »
Pourquoi se donner le mal de monter et de remonter quand par les vallées la route est douce?
Douce et monotone.
De la mer à la mère, aller chercher la source, sonder les lacs profonds et suivre ces doigts gantés de blanc, montrant l'étoile élue plantée dans l'infini?
Tendu entre élévation et profondeur: un arbre, un arbre mobile. Un arbre assoiffé et jouant de son apparence: feuilles bruissantes et fruits reluisants.
Suffisamment proche de la forêt pour s'y cacher,
assez distant pour s'affirmer un et autre.
Si grand vu de son pied et infime comme une feuille comparée à sa couronne.
Une fois ôtées les lunettes de l'orgueil et de la vanité, que peut-on affirmer choisir ?
Pris dans l'époque et son héritage, induit par son signe,
balloté par une errance parmi les errrances,
goutte dans la rivière et poussière sur le chemin,
peau de chagrin quand peu à peu se réduit l'étendue du possible,
et quand s'étend la désillusion, tâche d'huile indélébile s'infiltrant aux rouages.
S'agiter encore, il reste du beau à voir, éventuellement à faire.
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Mer 1 Juil - 20:37

J"éprouve une infinie nostalgie en lisant ce texte. Comme si tu faisais le bilan d'une vie, un constat doux amer. Même si la fin ouvre une porte, elle me semble un peu triste, cette fin...
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Mer 1 Juil - 22:40

Heureusement que tu donnes une belle étendue à tes possibles Gého !

Un moment de nostalgie...passager et toujours aussi bien transcrit.
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Lucaerne
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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Dim 12 Juil - 17:42

Je viens de m'offrir la totalité de tes fragments (enfin, ceux pour l'instant édités, j'attends les autres). Nouvelle lecture. Plaisir encore plus grand, car plus long et plus épais.
Ce dernier, toujours aussi jouissif.
"Et la vie ne serait qu'une suite d'histoires inachevées, de pages tournées. Il me manque d'en rouvrir mais qui choisit de mettre ici ou là le marque-page? Y a-t-il un Qui?"

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MessageSujet: Re: Comme les miettes avec la main   Jeu 16 Juil - 21:15

Lulu, on dirait que tu fais du rattra-pages de lecture ces jours-ci.
Merci de tes mots.
Et merci de votre passage Constance, Garance et je n'oublie personne?
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