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 Même sans le vouloir

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Caddy
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MessageSujet: Même sans le vouloir   Mar 24 Mar - 22:45

Torse nu. Je passe ma tête dans le col, puis mes bras ressortent, presque prêts à rester inertes le long de la taille.
C'était un blanc crayeux qui coule sur mes seins.
Ni doux ni rêche, juste crayeux.
Je tends mon ventre comme on étirerait la peau d'un tambour.
Et s'il se déchirait ?
Pas un pli dans la glace. Il faut que ce soit lisse, plat et perpendiculaire au sol ...
La craie fait disparaître le nombril mais je peux toujours creuser le doigts dedans tandis que j'essaie en vain de bander les muscles.
Je ne suis pas grosse.
Toute la journée, je n'ai pas besoin de me l'entendre penser, le doigts s'enfonce de lui même.
Même sans le vouloir.
La craie remonte doucement sans bruit.
Même sans le vouloir, mes côtes chassent l'air de la cage thoracique et viennent durcir la chair avec ses poumons essouflés.
Sur la chair gonflée par les os, un grain de beauté repose à gauche. Puis ma peau se détache des os, mes poumons se boursouflent et ma cage thoracique se renfonce dans le squelette. Le grain de beauté a à peine frissonné dans la glace. La craie poursuit son ascension tenue à pleine main.
Elles ne tremblent pas.
Le frottement provoque une érection.
Alors, mes doigts s'appliquent sur les tétons pour les réduire au silence. Un des doigts s'attarde sur le rose de l'ovale.
Puis l'ongle redescend sur le renflement gauche et va chercher querelle à ce grain de beauté que je ne peux voir que dans la glace, juste à la lisière du pli en croissant de lune.
Tout rond sur la peau blême déposé là comme une étoile dans le ciel.
L'étoile ne brille plus. Un arc de cercle entaillé de rouge juste à côté. Mes ongles sont trop longs.
Une main soutient la craie, l'autre a avalé mon sein gauche.
Ma main serre et mime la sphère, les phalanges écartées, les ongles plantés. Je tends l'oreille.
Je peux sentir le coeur qui, faire jaillir le sang dans un bon, pompe.
Je serre encore mais je ne peux pas m'arracher le coeur.
Il y a un défaut dans la glace. Cruelle, il y a un défaut.
Ils sont minuscules dans mes mains. Petites mains.
Mes bras sont prêts maintenant . Ils retombent inertes le long de la taille.
La craie rendue à l'apesanteur s'abat comme un rideau de théâtre sur mon corps.
Mélange de chairs pétries, révulsées vers l'extérieur, piquées de marques rouges estompées.
Ni vraiment blanche ni vraiment rose.
Une couleur indécise qui vire au caoutchouc écoeurant.
Cette peau, je l'ai partout.
Partout, elle se colle à mes os, poisseuse et puante suantant par tous les pores ma nausée.
Pincer.
Arracher.
Pas de fermeture éclaire.
Je veux sortir !
Et ces duvets de poils immondes un peu partout ne cachent rien.
Heureusement que la craie est là.
Mais, dans la glace, a beau se griffer le visage, ce nez bossu, ces lèvres écorchées et bleues exsangues; pullulant de rugosités acnéiques les joues, ces yeux larmoyants, ces plis furieux au front entouré de sourcils feuilleux; et ces grandes ailes de corbeaux creusées sur le dessous des yeux.
C'est un masque.
Imagine ce masque dans une nudité affreuse.
Pas de cheveux.
Tire.
Tord.
Encore.
Ils sont là.
Ils ont pris racine sur mon crâne.
Mes dents mordent la lèvre supérieur. Ma bouche s'élargit.
J'attaque ce duvet entre les narines et la lèvre.
Ce n'est plus une bouche.
Et si je m'engloutissait toute crue ?
La glace se met à pleurer.
Un goût sucrée sur ma langue.
La glace pleure toujours.
Je suis sortie de moi-même.
La rigidité de mon corps s'enfuit par la brèche de mes yeux.
Paupières fermées.
Pas de vertige juste l'immobilité molle de la non-existance.
Enfin !
Enfin, je ne me sentais plus revêtir cette chair pourrie.
Pas de mue juste le dépouillement des haillons.
Et c'était bon de fermer les paupières.

*******************************************

Mais même sans le vouloir, quand je marche, mes bras inertes le long de la taille, mes mains sur le haut de mes cuisses reprennent vie et
Flexion.
Extension.
Flexion.
Je tâte le muscle. Encore et encore.
Je ne suis pas grosse.
Contracte tout.
Regroupe tout ton corps en un petit point.
Je ne peux pas rétrécir ni me rétracter dans mon squellette.
Je suis.
Même sans le vouloir, Je suis.



Caddy: Autoportrait - 06 septembre 2008

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Lucaerne
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MessageSujet: Re: Même sans le vouloir   Mer 25 Mar - 0:03

Désolée Caddy, mais j'avoue avoir eu du mal avec ton texte. Il faut dire que je sors de "La Démangeaison" de Lorette Nobécourt, et que la comparaison est difficile à soutenir. Elle aussi parle du corps, de la peau, de tout ce qu'ils disent de nous... Mais de manière tellement dépouillé que pour le coup, j'ai trouvé ton texte trop long, trop détaillé.


Dernière édition par Lucaerne le Mer 25 Mar - 0:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Même sans le vouloir   Mer 25 Mar - 0:13

Je trouve la démarche intéressante, et la précision du détail complètement maniaque renforce l'impression de malaise.
Tu me rappelles ce que m'ont raconté des jeunes filles anorexiques, c'est visiblement la même appréhension (dans les deux sens du mot) de leur corps.
(tu es fâchée avec les fermetures éclairs ?)
Bizarre, les "sourcils feuilleux" Suspect
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filo
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MessageSujet: Re: Même sans le vouloir   Mer 25 Mar - 0:31

Pour le moment, c'est celui de tes textes que je préfère.
Vraiment bien vu, et sans concessions.
Fort.

_________________
.
Ici maintenant
sitôt dit sitôt enfui
as-tu profité ?

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Caddy
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MessageSujet: Re: Même sans le vouloir   Mer 25 Mar - 0:42

C'était une entreprise assez douloureuse (j'y ai laissé des larmes) parce que je ne m'assume pas,j'éteins souvent la lumière quand j'entre dans une pièce, je ne supporte pas mon reflet dans le miroir et pourtant j'ai réussi à l'exorciser un peu ou peut être refouler la énième féroce envie de m'arracher le visage. Je me suis mise à nue. Et je suis encore fragile.
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LaBourrique
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MessageSujet: Re: Même sans le vouloir   Mer 25 Mar - 0:57

Texte surprenant et dérangeant quand on aime pas trop se voir dans une glace... Sacré courage que de l'écrire , miss...
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