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 Où il est encore question du vide

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geho
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MessageSujet: Où il est encore question du vide   Ven 22 Juin - 23:37

Où il est encore question du vide

Cent fois ou plus j'ai regardé mon arbre comme un cerisier.
Il a fallu le dépouillement d'un deuxième hiver et une observation soutenue avec un regard neuf pour qu'y apparaisse un œil et le visage à peine penché d'une femme pensive.
Henri GAUDIN, peintre et architecte, nous racontait dans la nuit sur les ondes comment peindre lui semblait être d'abord de savoir jeter un regard original et décalé de la réalité « entendue » des choses. Ainsi a-t-il vu les arbres comme des éponges à lumière.
Une éponge, c'est toujours une réalité connue et banale, mais associée aux arbres, elle devient très originale. Elle devient visionnaire, cette association, prémonitoire, quand on l'accroche
au fait que scientifiquement, par la photosynthèse, on peut très bien affirmer que les arbres sont des éponges à lumière puisque par leurs feuilles le soleil vient nourrir leur coloration et organiser la circulation de la sève.
On peut dire que chez de grands artistes cette capacité visionnaire s'est montrée bien des fois sans même qu'ils en aient tout à fait conscience. Je pense aux ciels de VAN GOGH, à la fenêtre noire de MATISSE, au cri de MUNCH, entre autres.
Cette conscience, comme une recherche de la signification du pourquoi ils voient les choses de façon originale et nouvelle, n'est pas leur objet. Leur objet est de se rendre disponibles, par leur travail, leur veille, leur contemplation, leur déconditionnement, leur méditation, à une vision propre et neuve de choses. Chacun son rôle. Le peintre doit laisser aux historiens et aux scientifiques le soin, après coup, de vérifier ou non d'ailleurs, leurs intuitions sensibles. Vouloir à la fois donner des signes et comprendre leur mystère, leur justification, me paraît outrepasser la fonction du peintre, ou du poète, ou du musicien, ou de l'architecte, non ?
Mais revenons à nos arbres. Il disait autre chose, Henri GAUDIN, à propos des blancs compris comme les vides ( ou comme les silences installés par des musiciens contemporains dans leurs œuvres). Ces blancs, ces creux, non seulement donnent formes aux objets mais ont une réalité propre qui a du sens.
Ainsi, le fond de ciel donne forme à la silhouette d'un immeuble ou d'une montagne, mais les angles de la construction ou du mont « pointent » de leur faîte un espace vide où l'imaginaire, la rêverie, peuvent donner un contenu d'absolu, d'élévation, de pensée. Les formes donnent sens au vide. Par la nuit très noire, tout cela confondu, disparaissent les différences.
L'écriture architecturale, mais aussi l'écriture picturale ou poétique ne seraient que la peau, l'enveloppe délimitant le contenu de l'absence de contenu pourtant contenant. Par exemple, l'écriture des branches de mon cerisier désigne désormais le contenu cerisier et l'absence de contenu cerisier qui est pourtant devenu un œil dans un visage et qui a donc un contenant. Cette écriture, cette limite entre l'arbre et le non arbre, est et n'est pas : entre l'arbre et le non arbre, il y a à la fois une limite et une inconsistance de cette limite.
Il m'a fallu écrire tous ces mots, ces signes typographiques pour comprendre et faire comprendre mon propos, puis les rendre inexistants pour m'engouffrer dans la béance de la porte ouverte qu'ils encadraient. Pas moyen de passer outre ce paradoxe.
MATISSE l'avait compris qui a abandonné le tracé des limites matérialisé par le crayon pour découper directement dans la couleur, dématérialisant cette limite entre l'objet et le non objet.
Cela se passe de mots et ne peut s'en passer pour le dire.


Dernière édition par geho le Sam 23 Juin - 14:04, édité 1 fois
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filo
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MessageSujet: Re: Où il est encore question du vide   Sam 23 Juin - 13:00

Ça me parle, et comment !
Pour moi ce que tu dis là est une évidence, mais bien sûr je n'y avais jamais vraiment mis de mots dessus (excepté lorsque j'ai écrit que les vides et les silences sont plus importants que le fait de les remplir). Je me réjouis donc que tu l'aies fait, et de belle manière. J'apprécie aussi la comparaison avec la musique, très pertinente, que j'aurais faite aussi, et qu'on peut étendre à d'autres disciplines encore, dont la poésie, comme tu le soulignes également.
Dommage néanmoins que tu ne pousses pas l'argumentation sur le sujet de l'arbre-éponge, un peu perdu à la fin.
Ce texte, notamment l'évocation finale de Matisse, vibre bien avec le dernier film court-métrage que j'ai tourné, Blue Void.

Nota: une petite faute : quand avec un d final et non un t, 2e phrase du 2e paragraphe.

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geho
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MessageSujet: Re: Où il est encore question du vide   Sam 23 Juin - 14:13

merci Filo de ton passage. La faute est corrigée. Et j'en ai profité pour ajouter une pirouette en chute.
Ce texte n'est qu'une ébauche, il devra s'enrichir. Je note pour les éponges qui se sont effacées sur la fin alors que c'est leur rôle d'effacer ! Je me fais l'éponge de tes suggestions.
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constance
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MessageSujet: Re: Où il est encore question du vide   Sam 23 Juin - 22:42

Très sensible aussi à ce texte. Et j'en ai déjà parlé avec filo, car cela me tient aussi à coeur.
Les silences, en musique, sont aussi importants que les notes. C'est ce que nous répète ma prof de danse. Et la danse, matière que tu connais aussi, gého, doit transcrire ces silences puisqu'elle est retranscription d'une musique et d'une émotion.
J'ai trouvé, pour parler de la vidéo qu'à faite filo (Blue Void), un souffle rythmique, une musique intérieure qui se traduisait physiquement. Je crois que même en coupant le son, on sentirait ce souffle et ces silences.
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