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 Volturno

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Garance
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MessageSujet: Volturno   Lun 3 Mar - 22:32

Novembre est le mois noir où le ciel s’ouvre à la tourmente d’équinoxe…
les âmes des péris en mer seraient-elles blanches des terreurs qu’elles nous inspirent ?
Le noir est une couleur de  saison qui nous protège d’un blanc trop lumineux.
Notre œil, à certains moments de notre vie, ne peut le fixer.

Me vient à l’esprit la vision du paquebot noir ; le Volturno.
Parti de Rotterdam, chargé d’immigrés et de produits hautement inflammables, il voguait vers New York qu’il n’atteignit  jamais.
Onze navires sont venus à son secours, mais le naufrage était inévitable, et envoyer des canots  de sauvetage,  au vu de la puissance des vagues,
était pure folie que les hommes, dans leur panique, ont tentée. Onze navires…
et moi je lance un SOS, attendant passivement une aide extérieure au lieu de sonder ma tempête intérieure,
au lieu  de retrouver la confiance qui était mienne, dans l’enfance, quand je savais  cueillir les grappes d’étoiles
et que l’inconnu m’apparaissait comme une corne d’abondance riche d’expériences excitantes !

Je suis le cargo noir et mes signaux de détresse se noient dans la nuit. Je repousse mon avenir comme un horizon à grands coups d’hélice.
Ma vie est un navire, un espace carcéral que j’ouvre, en pensées, à l’infini liberté du monde.
Mes rêves sont des otages dociles en quête d’un ailleurs auquel ils ne croient plus.
J’imagine le grand large, je crois espérer  mais, d’escale en escale,
je m’enfonce dans un monde intérieur de renoncement et mes cales sont remplies de chimères.
Ces chimères n'offrent aucun poids à l'embarcation, que la fureur des tempêtes risque, à tout moment, de renverser.

Dans la mer démontée de la vie je ne suis qu’un fétu… une écorce légère, un simple bois flotté qui n’offre aucune résistance.
Même si j’étais arbre aux racines puissantes je ne serais rien face à la force des éléments, car le terrain sur lequel je suis planté glisse, impitoyablement.
Chacun rêve de maîtriser les forces élémentaires et, si le hasard lui permet de les éviter, il se pense invulnérable,
mais la lecture de la nature, ou de toute œuvre d’art qui nous transporte,  nous met face à la réalité qui est toute autre.
La joie apparaît par intermittences mais ne demeure pas. Le bonheur, comme une lueur, surgit de la nuit, un instant, et y retourne.
Le noir n’est pas une demeure à vie, il  est juste la lisière de notre appréhension à vivre, un moment de  confrontation
avec le manque absolu de lumière — sidéral, comme  l’espace  qui sépare, ou unit, deux étoiles.

Où est le blanc, où est le noir, quand la masse d’énergie qui soulève, vague après vague, le paquebot que je dessine, se fait successivement violence et calme ?
L’obscur est en soi, dans ce corps sans lumière.
J’accorde la vie au dehors, au monde extérieur, lui seul semble  posséder la clarté que je me refuse.

« L’encre de Chine est une drogue dure » disait Alechinsky. Alors j’y tremperai mon calame,
et le sens de l’existence  qui m’échappe, je l’écrirai par de simples traits sur les blancs d’une feuille,
ils me permettront, peut-être, de concilier la violence et la paix, la beauté que j’entrevois et la mort qui m’envoûte,
le dedans  de la tristesse et le dehors de la joie, la nuit d’encre et la voie lactée de mes espoirs.

Volturno, tant de solitude pour un paquebot qui a vu  l’océan basculer dans le vide !
Pourtant, la solitude a quelque chose de fini incompatible avec l’infini qui l’absorbe.
Ma solitude attend le creux de la vague et ne s’inquiétera pas du retour de la tempête.
Je laisse les pensées de terre et je m’offre le point de vue du grand large, dessin après dessin, avec au cœur, l’imagination d’un bateau
filant vers un ciel immense. Dans le blanc d’une feuille-mer froissée,  le steamer déploie le panache de sa fumée — noir de carbone.
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Philistart
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MessageSujet: Re: Volturno   Mar 4 Mar - 10:52

Très beau et riche poème.

Tu as bien fait de le poster ici. Il a toute sa place

Riche en images, en sentiment, riche de vie

Et ses couleurs variées qui font toujours écho en moi

Mention spéciale pour "le blanc d'une feuille-mer froissée"


Avec cette tempête de mots la poussière d'ici va disparaître...
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Garance
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MessageSujet: Re: Volturno   Mar 4 Mar - 15:28

J'écris moins en ce moment, Philistart. Je suis en attente ou dans un tournant... en recherche d'une autre façon de dire.
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Philistart
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MessageSujet: Re: Volturno   Mar 4 Mar - 16:21

Garance,

L'hiver est souvent un moment de retour de soi, de réflexion introspective.

Aussi garde espoir, car le printemps pointe le bout de son nez...
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Philistart
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MessageSujet: Re: Volturno   Mar 4 Mar - 17:53

Tout poème a mis en écho un de mes poèmes laissé inachevé....

A lire et relire ton long un beau poème j'ai pu aller son terme

Aussi je viens de le mettre sur le forum : Couleurs voyage
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constance
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MessageSujet: Re: Volturno   Mer 5 Mar - 0:57

Il existe un roman incroyable, exceptionnel, avec lequel j'ai beaucoup voyagé.
C'est "océan mer" d'Alessandro Baricco.
Crois moi, je ne peux pas te faire plus beau compliment : ton texte m'a fait penser à ce livre.
C'est un voyage hypnotique, un flot de pensées éthérées et rudes à la fois.
Une réussite que ce texte, tu l'as écrit avec plus que de l'inspiration, quelque chose je crois venu de très profond en toi.
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Volturno
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