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 Absurdité d'un terrorisme (1/2)

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MessageSujet: Absurdité d'un terrorisme (1/2)   Mar 17 Juil - 14:15

Cet essai n’a ni l’ambition d’être exhaustif ni la prétention de contenir des vérités indiscutables. Il n’est que le fruit d’une réflexion, qui n’essaie pas d’atteindre quelque objectivité, mais seulement de comprendre, avec ma sensibilité, pour quelles raisons des terroristes peuvent naître en occident, donc dans des lieux de paix, aussi bien d’un point de vue psychologique que d’un point de vue métaphysique.



Dans Le Mythe de Sisyphe, Camus se demandait si la vie vaut ou non la peine d’être vécue. Notons que la formulation même de cette question avait son importance. Au moins implicitement, il admettait que vivre assurait la peine du vivant. Cette idée, il la tirait du seul « problème philosophique vraiment sérieux » à ses yeux et qui était, au moins pour un temps, le suicide. Notons que le choix des mots relevait de sa plus stricte liberté. Qui aurait bien pu l’empêcher de poser sa question de la sorte : « la vie vaut-elle ou non d’être vécue » ? Mais il a utilisé le mot peine. Pour Camus, c’est donc que les hommes purgent une peine. A l’instar des peines de prisons, il y aura des peines de vie. Elles auront au moins le mérite d’être équitables. La nature nous retiendra prisonniers dans la vie qui n’apporte pas de réponse et la mort nous en libérera. L’absurdité de la vie, plus que l’ « abyme infranchissable qui existe entre l’homme et le monde, entre les aspirations de l’esprit humain et l’incapacité du monde à les satisfaire » *, c’est la complémentarité d’une vie poussant à se questionner sur des problèmes existentiels avec une mort qui n’apporte aucune des réponses tout en supprimant les problèmes. Ce non-sens, représenté par une mort inévitable mais qui ne justifie rien, pousse à se révolter. Accepter l’absurde est hors de question pour qui le découvre dans l’effroi. Mais pour savoir si la vie vaut ou non la peine d’être vécue, il faut d’abord savoir si la vie a un sens. Cependant, son absurdité démontre qu’en terme d’absolu, elle en est dépourvue. A ce propos, la seule excuse de Dieu reste qu’il n’existe pas. Tout le monde se presse donc de trouver un sens à donner à sa propre vie, une évidente vocation, une place dans le monde. C’est à partir de ces quelques vérités générales, que je ne suis ni le seul ni le premier à avancer, que nous aborderons le problème auquel j’estime naturel de donner une priorité urgente, plus en avant que le suicide, duquel il se rapproche toutefois, tout en ayant une actualité, comme vous en conviendrez, encore plus sanglante et choquante. Il s’agit de l’attentat-suicide impliquant la mort d’innocents.



Voyons plutôt à travers un exemple fictif et simplifié. Il y a dans un avion un homme qui aime sa femme, un autre homme qui trompe la sienne sans s’en soucier, et rien ne les distingue de ce troisième homme qui est le terroriste précipitant la chute de l’appareil, au moment où tous trois meurent dans le crash. Entre ces trois hommes, la mort n’a pas fait de tri. Ils étaient dans l’avion ; l’avion s’est écrasé ; elle les a emmenés. La mort ne donne pas plus de priorité à ses passagers immoraux qu’elle ne dispenserait du voyage ses passagers moraux. A ses yeux, les êtres humains sont des mortels ; ils ne seront jamais rien de plus. Aux yeux de l’Homme, les êtres humains sont pourvus d’une conscience. Et il peut les différencier en se basant sur ses principes. Pour caricaturer, nous ferons deux larges catégories : les hommes bons et les mauvais hommes. (Notons que si j’ai placé ces deux adjectifs là où j’estimais qu’il allait le mieux phonétiquement, l’adjectif bons est venu se placer après le mot hommes alors que l’adjectifs mauvais s’est lui placé avant, comme si un homme bon était avant tout un homme et un mauvais homme avant tout mauvais ; du moins, en ce qui me concerne.)



Prenons les trois hommes cités en exemple. Que savons-nous à leur propos et que pouvons-nous en conclure ? Nous ne savons rien du premier homme si ce n’est qu’il aime sa femme. Bien sûr, l’amour qu’un homme ressent ne suffit pas à en faire un homme bon ; mais comme information unique, elle ne le pousse que dans ce sens. Nous ne savons pas grand-chose non plus du deuxième homme si ce n’est qu’il trompe sa femme. Cet acte se classe du « mauvais » côté, dénotant l’incapacité de son auteur à tenir sa parole, à respecter son serment. Mais nous n’avons aucune information sur la contingence dans laquelle il a commis son adultère et la justice ne sépare le fautif de la victime qu’au cas par cas. Or, cet homme trompe sa femme « sans s’en soucier ». En plus de commettre un délit, il n’éprouve donc ni la culpabilité du pêcheur ni de considération pour sa femme déshonorée. Au regard de cette seule information, ce deuxième homme sera placé, avec les réserves de l’ignorance, dans la catégorie des mauvais hommes. La différence entre ces deux hommes était, comme vous n’avez pas manqué de le remarquer, volontairement manichéenne. L’un aime sa femme et l’autre la trompe sans s’en soucier, ce qui dénote déjà un manque d’amour. De cette seule différence, nous arrivions déjà à esquisser la bonté du premier et la malveillance du second. Pourtant, ce n’était pas suffisant. Nous savons que ce jugement était partial. Un homme marié, aimant sa femme, peut être en même temps un trafiquant d’armes tandis qu’un homme commettant l’adultère peut par ailleurs vouer sa vie à des projets humanitaires. Si ces nouvelles informations se trouvaient vérifiées, notre jugement précédent serait obsolète, ferait aussitôt volte-face, et les deux hommes auraient pour nous changé de côté. Reste que dans le cas initial, un homme qui aime sa femme n’a aucune raison de mourir sur un vol national ; et que tromper sa femme ne justifie pas d’en mourir non plus.


Le troisième homme commet par contre un crime, indiscutablement. Il sait que ses victimes sont activement innocentes dans le reproche qu’il adresse à un oppressant haï mais, considérant que leur couleur de peau, leur appartenance à telle religion, tel parti politique ou tel pays suffit à leur donner une responsabilité passive dans le conflit au sein duquel il s’est engagé, la conscience de leur innocence directe n’arrête pas son projet funeste. Nous avons dit et nous ne le répèterons jamais assez : une idée rend-elle une mort nécessaire, donner la mort reste inexcusable. Ici, puisque l’auteur de l’attentat-suicide tue des personnes pour des reproches faits à des autres, l’idée ne rend pas même la mort des victimes nécessaire, au moins nominativement ; et quand il y a un mort, c’est le plus important. Son crime est donc impardonnable. L’haleine de son discours irrespirable. Et le troisième homme foncièrement mauvais. Seulement, dans sa barbarie sanguinaire, en s’infligeant lui-même le châtiment suprême, il prend la triple position de juge, coupable et victime de sa faute. Ainsi, selon les mots de Jean Daniel, « le terroriste échappe à la justice des hommes » qu’il estime faussée. Et toute la rancœur du monde ne peut plus l’atteindre. En se donnant la mort, il a fait de lui une victime en tant que juge et a en plus soulagé sa conscience du sentiment de culpabilité éprouvé dans l’anticipation de son crime. Ainsi, il empêche l’éventualité d’être ensuite en proie au regret. Il est donc coupable pour nous sans l’être jamais pour lui-même : sa mort l’en délivre instantanément.


Cependant, quand les deux premiers hommes meurent dans l’absurdité la plus complète, le troisième homme donne un sens à la sienne. Sa raison de mourir fait écho à la cause qu’il soutenait et sa mort lui permet, puisqu’elle l’engage de manière totale et définitive, de l’incarner personnellement. Ainsi, à la question de savoir si la vie vaut ou non la peine d’être vécue, il répond que dans l’état actuel des choses, et pour elle-même, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Pour preuve, il n’a pas peur de mourir pour le faire savoir. Il justifie sa mort par cette conviction, et trouve ainsi, rétrospectivement, un sens à donner à sa vie. A partir de là, la mort des innocents ne le touche plus du tout. Les infidèles, les mécréants et autres inconscients n’ont pas même droit à sa considération. Ils ne vivent pas dans la connaissance, dans la vérité et donc dans le refus de ce monde tel qu’il est. Sachant cela, l’impénitent se place alors au dessus de ces hommes et leur inflige son châtiment. Leur conscience, il la multiplie par zéro. Il prend la place de Dieu. Et il remplit même son rôle doublement. Tout d’abord, dans la toute puissance, en tant que Dieu souverain, il répand la mort indistinctement, aux infidèles comme aux fidèles. Aux hommes bons comme aux mauvais hommes. Mais par ailleurs, il est aussi un Dieu impuissant face au monde, un Dieu spectateur de ses créatures. Le déroulement de l’histoire demeure une affaire d’hommes et il est incapable de les rassembler tous. Malgré le don d’une mort aveugle, il reste une idéologie.
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MessageSujet: Absurdité d'un terrorisme (2/2)   Mar 17 Juil - 14:17

Après avoir vu les raisons, poussant à l’attentat-suicide, qui résolvent le problème existentiel et personnel du terroriste, intéressons-nous maintenant à ces causes extérieures. Et approfondissons. Je n’ai pas souvenir d’un seul attentat suicide impliquant la mort d’innocents qui n’ait pas été commis dans la foi. Les autres formes de terrorisme connues au cours du dernier siècle, et elles sont tout de même assez nombreuses, ont toujours ciblé leurs interventions : sur les activistes rivaux, les hommes d’influences en fonction, les représentants des symboles combattus. Les brigades rouges s’en sont ainsi prises en 1978 à Aldo Moro, président de la Démocratie chrétienne, qu’ils ont enlevé, alors qu’il se rendait au parlement, et tué, cinquante-cinq jours et neuf communiqués plus tard. La bande à Baader (R.A.F.), pour obtenir la libération de ses membres, a kidnappé le président du patronat allemand Hans Martin Schleyer le 5 septembre 1977 et, un jour après que les autorités allemandes aient annoncé la mort d'Andreas Baader, Gudrun Ensslin, et Jan-Carl Jaspe, officiellement « suicidés » dans la prison de Stammheim, elle annonce le lendemain la mort d'Hans Martin Schleyer en représailles. Leurs victimes, si elles étaient des innocentes n’en restaient pas moins responsables d’actes assumés par elles ; ou du moins savaient-elles le risque qu’elles encourraient pour leurs actions, leurs places, leurs paroles ou leurs convictions Ces terroristes ne mourraient pas dans leurs attentats. L’idée ne leur venait pas même en tête. Ils savaient pouvoir mieux servir leur cause vivants plutôt que morts. C’est en cela que le néo-terrorisme aveugle diffère des terrorismes combattus naguère. Les hommes qui le composent sont fanatiques et religieux. Ils ont choisi leur camp : élargissant le champ d’action, ils ont opté pour la terreur de masse. Le but de l’attentat-suicide aveugle, c’est d’instiguer la peur sur terre. Si les infidèles ferment les yeux sur la misère du monde, celle dénoncée par les fidèles, ils ne peuvent plus vivre sans se savoir leurs cibles potentielles. Les terroristes nous regardent droit dans les yeux, par l’intermédiaire des médias, et ils nous disent : nous n’avons pas peur de mourir pour vous tuer. Et en cela se trouve leur fanatisme. Mais ils ne se séparent pas d’une croyance : en Dieu, et au-delà, grâce à sa reconnaissance présumée, en sa promesse d’une vie après la mort. (Voilà en quoi les religions sont formidables : en plus de donner un sens à la vie à travers la théologie, elles libèrent de la peur inspirée par la mort.)


Le sourire du terroriste face à la mort n’a en conséquence rien d’absurde puisqu’elle n’est pour lui qu’un passage vers Dieu et la vie éternelle. Et ce passage, un terroriste est d’autant plus heureux de le franchir que primo il ne lui reste rien sur Terre. Plus rien de personnel. Plus aucun attachement. Prenons un terroriste, fraîchement enrôlé dans une guerre contre l’occident. S’engager dans cette voie, c’est s’exclure à la vie, c’est devenir un marginal ; je m’explique. D’abord, le quotidien se vit différemment. Qu’il s’engage dans un voyage initiatique et de formation guerrière ou qu’il prépare des actes horribles dans le secret, en se servant de sa situation professionnelle comme couverture, ses anciennes aspirations sont bien loin, perdues entre oubli et mémoire sans nostalgie. Elles ne revêtent même aujourd’hui plus aucun sens pour lui. Selon le choix précédent, le terroriste peut ensuite couper les ponts avec sa famille (sauf si, bien sûr, elle partage les mêmes idées) ou doit s’engager à leur cacher ses desseins mortels, à leur mentir, à sa propre mère, à son père, à sa famille entière. Ce silence est déjà une preuve de leur conscience du mal qu’ils font, mais nous y reviendrons plus tard. Pour le jeune terroriste, les amis ne sont pas de meilleurs confidents. Ayant conscience qu’ils ne le comprendraient pas et essaieraient peut-être de le raisonner, il ne leur en touche pas mot. Et puisqu’ils ne changent pas dans les mêmes temps que lui, il choisit de les perdre, de se séparer d’eux. Sans regret. Les fondements de son ancienne vie ne signifient plus rien pour lui. Il les renie dans un mépris fier et prépondérant. De toute manière, il n’est pas seul. Si l’homme normal a des amis, les terroristes peuvent compter sur des frères. Mais pas de relations amicales entre frères, pas même une entente nécessaire, juste ce lien du sang. Ce sang qui ne vient pas de la mère commune mais de la fosse remplie d’innocents en commun. Sans amis, il se replie encore plus sur lui-même. Sur cette partie de lui-même qu’il hait. Sur la faiblesse qui l’a empêché de se faire une place et d’être heureux sur Terre. Sur la honte que lui a apporté cet échec. Et sur cette colère qui sommeille en lui, peut-être depuis toujours, mais qu’il n’avait jamais su ou voulu écouté, qu’il avait beaucoup refoulé, inconsciemment, et à laquelle il s’était presque toujours refusé quand il la sentait dans ses poings, prête à jaillir mais ne poursuivant aucun but, comme une force rendue stérile par son excès de liberté, avant que cette rencontre, bien plus qu’humaine dans son esprit, avec la volonté de Dieu ne soumette sa colère et sa haine à une cause déterminée et mobilisatrice, donnant ainsi un sens à la violence. L’idéologie qui lui est ainsi rabâchée, jusqu’au lavage de cerveau au besoin, il l’écoute comme un petit enfant sa mère, les yeux remplis d’une admiration folle, et sans pouvoir jamais la remettre en question. Il a été ou s’est convaincu seul que faire le mal était en fait la meilleure manière d’œuvrer pour le bien. A partir de là, ce qui lui donne une autre raison de sourire, en marchant vers la mort, c’est la croyance en l’existence d’une miséricorde divine pour celui qui meurt en martyr. Il y aurait écrit dans le Coran, information que je n’ai pas pu vérifier, n’ayant ni exemplaire original ni aucune connaissance de la langue arabe, que le martyr se verrait offert une fois mort une centaine de vierges. La femme ne pouvant être considérée par l’expression que comme un objet sexuel. Quand bien même l’information serait erronée, elle a tellement été affirmée et reprise par des hommes d’influence qu’elle finit par être entendue des futurs terroristes, comme une vérité indiscutable. C’est cette idée qui finit de convaincre un terroriste de commettre son attentat-suicide. Il croit tellement à sa mission, sa vérité, sa légitimité, et à sa récompense surtout, qu’il ne se rend même pas compte que la mort qu’il se donne ne fait pas du tout de lui un martyr. En effet, du grec ancien μαρτύρ- martur (« témoin »), le martyr est celui qui consent à se laisser tuer plutôt que d'abjurer sa foi. Le terroriste se trompe donc doublement. Se laisser tuer n’est pas se donner la mort. A défaut de mourir passivement, le martyre c’est mourir au combat, sous le coup fatal de l’ennemi. Et se laisser tuer s’éloigne encore plus de tuer. On aurait beau admettre que donner la mort puisse être l’issue légitime d’un combat qui s’annonce inévitable, force est de constater que l’attentat-suicide ne rentre pas dans ce type de combat. Qu’a-t-il d’inévitable, cet attentat ? Le terroriste n’est pas pris en otage, loin s’en faut, la contingence ne le pousse pas à tuer ; bien au contraire, il organise, il planifie, il met à exécution son projet. Quand le martyr combat par nécessité et meurt inéluctablement, le terroriste prémédite et sa mort et celles de ses victimes. Le terroriste n’est donc pas un martyr.



Plus qu’une révélation, cette affirmation appuyée est déjà un jugement très étendu. Mais comment s’en servir pour endiguer le problème qu’elle suppose ? Comment convaincre un terroriste, futur auteur d’un attentat-suicide, qu’il ne deviendra pas martyr de cette manière ? Répondre à cette question, c’est solutionner en partie le problème du terrorisme actuellement mondialement combattu. Parce qu’en abordant ce problème, on ne peut qu’espérer le résoudre. Sinon, toutes les belles idées ne veulent plus rien dire. Et en effet, à quoi bon ergoter sur des sujets sérieux impliquant la mort d’êtres humains, si ce n’est pour aider, concourir, apporter sa contribution, proposer ses lumières sans avoir la fierté de cacher ses zones d’ombres ? Jouer avec les mots ne peut durer qu’un temps ; le temps de l’insouciance. Utilisons-les pour ce qu’ils sont. Porteurs de sens, ils nous donneront une direction. A nous de la suivre sans flancher. Le but n’est pas difficile à cerner ; il s’agit d’empêcher ce genre de tragédie humaine de se répéter à l’avenir. La fin ne justifiant pas les moyens, nous ne devons apporter sous aucun prétexte une réponse vengeresse, marquée du sceau de la même haine, et qui serait : traquons-les à travers le monde et tuons-les dès que possible. Un mouvement, même mauvais, et peut-être surtout quand il est mauvais, ne pourra que gonfler s’il voit lui tomber dessus tous les coups du monde, donnés sans retenue et à l’unisson. Les exclus du système, futurs ennemis possibles du système, n’y verraient qu’une démonstration parfaite de l’interdiction de la non-acceptation du monde, l’interdiction d’opposition, voire le déni de liberté d’expression. Une idée rejetée par tous se bat seule pour son existence ; les hommes n’étant alors plus que ses instruments. Tuer les terroristes en masse n’est donc pas suffisant pour abolir son terreau. Pour l’arrêter, gageons qu’il faille tout d’abord le comprendre comme être humain. Quitte à s’en mettre d’autres à dos.



Dans l’Idiot, Dostoïevski affirme, à travers les paroles du prince, qu’il existe des criminels qui, ne ressentant pas de remords pour leurs crimes, se sentent néanmoins criminels, « c'est-à-dire que, dans leurs consciences, ils se rendent compte qu’ils ont mal agi, bien qu’ils n’éprouvent aucun repentir ». La comparaison des ces criminels avec les terroristes commettant des atentats-suicide est intéressante, au moins parce que ces derniers ne ressentent pas non plus de remords dans la préparation de leur attentats. Mais deux différences rendent leur cas plus particulier. Tout d’abord, si le terroriste a conscience de sa faute, il ne s’en sent nullement coupable, dans la mesure où il l’a commet au service d’une idée supérieure. Il lui trouve ainsi, par conviction et préméditation, une justification. Mais par ailleurs, sachant tout de même que son agissement est mauvais, au moins dans ses conséquences les plus directes, il se met à l’abri des remords qu’il engendrerait en se donnant la mort dans le même temps. Il se substitue ainsi à la justice des hommes. Le problème se résume donc à arriver à le convaincre, avant qu’il ait franchi le point de non-retour, que sa mort ne légitimera jamais ses actes terroristes. Entendez pour lui, qu’il n’aura pas droit aux moult vierges en récompense, et que Dieu lui-même désapprouverait ses actes, indignes en tous points, et en tout cas loin de la dignité du martyr, puisque quand celui-ci meurt de ne pas pouvoir croire en son Dieu, le terroriste tue pour que tout le monde croit en son Dieu.


*Alain Robbe-Grillet dans Pour un nouveau roman.
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MessageSujet: Re: Absurdité d'un terrorisme (1/2)   Sam 28 Juil - 15:04

j'ai relu quatre fois, au moins, ce texte en me jurant de ne pas entrer dans la polémique pour des raisons que je n'expliquerai ni ici, ni ailleurs. Cet écrit est très bien construit et il est important de rappeller l'endoctrinement criminel dont sont victimes certaines personnes instrumentalisées afin de tuer des innocents. Objecteur de conscience, pacifiste et non-violent notoire, je suis toutefois ce sujet depuis une trentaine d'années ( donc dès avant le BAC ).
selon moi, et il ne s'agit pas d'une attaque, ce texte représente la face CNN d'une problématique beaucoup plus complexe.

ps: par contre, si tu le souhaites et si ce lieu le permet ( voir avec Filo ), je suis prêt à débattre courtoisement sur ton assertion "occident... lieux de paix " qui me fait à la fois frémir de peur et hurler de rire.
je crois qu'une mise à niveau historique, géographique et géopolitique serait la bienvenue.
tout cela écrit sans violence, sans haine et sans sentiment de supériorité.
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MessageSujet: Re: Absurdité d'un terrorisme (1/2)   Sam 28 Juil - 16:59

Je serai moins virulent que Jim sur le fond, mais le rejoins en gros sur la profondeur de l'iceberg et notre vision occidentale assez manichéenne de cette problématique.

Quant au P.S. ci-dessus, non seulement j'approuve, mais j'encourage! Il y a en plus un espace prévu à cet effet ici.
Mais par pitié restons courtois, bien entendu.

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MessageSujet: Re: Absurdité d'un terrorisme (1/2)   Sam 28 Juil - 18:38

merci, Filo.
si un débat a lieu, je m'engage à y participer uniquement en tant qu'observateur ce qui signifie que je n'avancerai que des arguments facilement vérifiables auprès d'ong, d'organismes officiels ou d'organes de presse fiables. j'aide une amie à préparer une fiction sur ce thème et en prépare une également, j'ai donc déjà accumulé pas mal d'informations dignes de foi sur ce sujet plus qu'inquiétant. mais j'ai choisi de me positionner en voix off non partisane tenant à ma vision " rasta bouddhique " du monde. je crois qu'il est plus utile de montrer objectivement ce qui est que de militer pour une cause politique précise.
ensuite, chacun fait son choix selon ses critères et ses convictions.
un grand poète pirate a écrit un jour : "le jour où les grands débats adviendront vraiment, le monde cessera peut-être de reculer..."

shalom
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salam
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MessageSujet: Re: Absurdité d'un terrorisme (1/2)   Sam 28 Juil - 19:54

Juste pour préciser qu'après relecture cette introduction, que j'avais ajouté à la hâte, et la formule citée "occident, lieux de paix", me semble en effet tout ce qu'il y a de moins subtil (et j'ai "hurlé de rire " en la relisant).

Mais bon, j'ajoutais ça au sens où l'entendait ma petite personne qui n'a pas excessivement voyagé et qui se sent, mine de rien, très en sécurité en France, par rapport à ce que lui rapporte ses amis d'origines étrangères ou qui ont plus voyagé et, en effet, à ce qu'il voit à la télé (que je n'ai pas) et surtout pour éviter qu'on me reproche de ne pas avoir abordé le problème dans des pays en guerre ou en situation politique instable (ce que je ne connais pas).

L'endoctrinement est en effet un aspect qu'on m'a déjà reproché de ne pas avoir abordé. Mais, très justement, c'est parce qu'il n'y a aucun document qui ne m'en a appris beaucoup ou de manière tangible (même après recherche) ni aucune personne qui n'a pu m'en parler.
Je n'ai donc pu qu'essayer de me mettre à la place d'un terroriste potentiel. Et, je l'avoue, j'ai tendance à penser que l'on reste maître de soi, dans la dernière seconde, et que l'on peut toujours ne pas faire ce pourquoi on a été endoctriné (sauf sous contrainte, ce qui est une autre histoire) et même si une fois entraîné dans cette spirale rien n'est aussi simple que je peux le laisser entendre.

Quant à la "face CNN" que j'aurais seule abordée, j'aimerais que tu précises à quoi tu te réfères dans mon texte à ce propos.
Ce n'est pas que je prenne ça pour une "attaque" (même si ça ne me plait en effet que moyennement car je t'assure je n'ai rien d'un néo-conservateur ^^).
Mais j'ai toujours préféré les argumentations (que tu proposes en dessous par ailleurs) aux comparaisons qui me semblent souvent dangereuses ou parfois seulement trompeuses.
Et il est toujours plus simple de s'expliquer sur le reproche fait à un argument en particulier plutôt que d'une manière trop vague.


En espérant seulement que critiquer les abus d'interprétations que certains extrémistes font de textes sacrés ne soit pas ce qui m'a valu cette comparaison.


Sans haine et sans violence non plus

PS: "L'occident lieu de paix", comme je le disais plus haut, n'est pas vraiment le sujet qui m'intéresse le plus.
Je serais par contre très content de débattre sur les points qui, dans mon texte, t'ont paru manichéen ou tout simplement criant par leur absence (il y en a sûrement des tas!).


Dernière édition par le Sam 28 Juil - 20:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Absurdité d'un terrorisme (1/2)   Sam 28 Juil - 20:01

En fait j'étais en train d'ouvrir un fil spécialement consacré à ce débat pendant que tu tapais le post ci-dessus.
<<C'est ici>>

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MessageSujet: Re: Absurdité d'un terrorisme (1/2)   Mer 8 Aoû - 8:24

Je pense à "l'immeuble Yakoubian" d'Alaa El Aswany, qui décrit à sa manière la montée de l'islamisme en Egypte. A travers les destins de quelques personnes, il décrit le destin de ce pays, et c'est très édifiant. Il ne prend parti pour personne, montre cependant que le fanatisme ne nait pas sans raison. C'est assez "édifiant" comme bouquin (ahah, c'était pour relever le débat ! Smile
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